Le mot de l’ambassadeur - Novembre 2022 [es]

Hommage à Marcel Proust

"Longtemps, je me suis couché de bonne heure."

Laissons un instant notre imagination s’envoler vers ce qui a pu traverser l’esprit de Marcel Proust lorsqu’il écrivit la première phrase de son chef d’œuvre. Ce n’est pourtant pas avec Du côté de chez Swann, le roman qui commence avec cet inoubliable incipit : "Longtemps, je me suis couché de bonne heure", mais avec A l’ombre des jeunes filles en fleurs, que Proust emportera le prix Goncourt, en 1919, six ans après la sortie du premier tome de son œuvre majeure.

Pour les touristes dominicains, surtout s’ils sont amateurs de littérature, qui auraient envie de se rendre en France, il sera possible d’en apprendre beaucoup plus en ce mois de novembre 2022, qui est celui du centenaire de la mort de cet immense auteur. D’abord parce que ce mois est selon la tradition celui des nouveautés et des prix littéraires, mais surtout parce qu’une exposition vient d’ouvrir ses portes à la Bibliothèque nationale, à l’occasion du centenaire de la mort de l’auteur d’ A la recherche du temps perdu. Proust est décédé d’une pneumonie le 18 novembre 1922. L’exposition, qui s’intitule « Marcel Proust, la fabrique de l’œuvre », présente de nombreux manuscrits, des lettres, des images et des objets de cette période. C’était l’époque dite « Belle », « ce temps où Paris fut le cœur battant du monde artistique », comme le rappelle l’écrivain Benoît Duteurtre dans son tout nouveau Dictionnaire amoureux de la Belle Epoque et des Années folles. Les amateurs pourront aussi découvrir, dans les salles d’une autre vénérable institution culturelle parisienne, le Musée d’Orsay, un « parcours » à travers ses collections. C’est une innovation qui vaut le détour, car des comédiens entrainent les visiteurs vers des personnages du roman à travers des représentations qui ont été faites par des peintres de figures réelles de l’époque.

Il y aura bien sûr de nombreuses commémorations de toutes sortes pour rendre hommage à ce grand maître de l’aventure immobile. En ce même automne 1922, Jacques de Lacretelle recevait le prix Femina pour son roman Silbermann, tandis que le philosophe Henri Bergson publiait Durée et simultanéité. A propos de la théorie d’Einstein (Ed. Alcan). On connait les liens philosophiques importants qui unissent la pérégrination proustienne à travers le temps et la mémoire, et les analyses de Bergson sur la durée.
Et pour couronner cette saison particulièrement dense de l’année 1922, Ulysses , le grand roman de James Joyce, sortait en anglais, à Paris, chez « Shakespeare and Company ».

Un petit conseil toutefois pour ceux qui seraient pris d’une irrésistible envie d’aller découvrir ces expositions passionnantes : dépêchez-vous de prendre un rendez-vous au consulat sur internet afin d’obtenir votre visa dans des délais aussi raisonnables que possible… Le tourisme a repris de plus belle en France, et l’affluence aux guichets bat tous les records : trois mois d’attente.

publié le 17/11/2022

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